Ø Son oeuvre

 


Issu d’une famille aisée, Henry Gérard vécut probablement le dessin et la peinture comme une passion sans en rechercher de retours matériels. Il s’attacha toutefois à s’assurer une formation de base assez solide. Il suit tout d’abord les cours de l’Ecole des Beaux-Arts de Toulouse en auditeur libre, aux côtés de ses amis qui constituent une mouvance de peintres toulousains. Ce sont Henri Martin, Paul Gervais, François Gauzi, Henri Rachou. Il les suit à Paris où il partage leurs ateliers et subit leur influence. Il est l’élève de Boulanger et Jules Lefebvre. C’est probablement Rachou qui lui fait rencontrer Toulouse-Lautrec. Henry Gérard le représentera travaillant sur le motif.
 

                       academie          lautrec

 

Mais à cette époque, Henry Gérard est avant tout un dessinateur. La toile la plus ancienne que nous lui connaissons date de 1890. Il a 30 ans, mais il n’a que 19 ans lorsqu’il illustre un livre de Henry Murger, La vie de bohême. L’utilisation intensive de l’encre noire et les dessins quelquefois morbides dénotent certainement le caractère d’un jeune homme tourmenté ou qui n’a pas encore trouvé sa voie.

 

                               

 

Ses dons d’illustrateur n’ont pas échappé à ses amis des Anciens Elèves du Lycée de Toulouse qui lui demandent de réaliser l’affiche et le menu de leur banquet du 28 janvier 1899. C’est l’occasion d’évoquer la façon dont Henry Gérard travaillait. Avant de finaliser son œuvre il procédait à de très nombreuses esquisses, dessins préparatoires étudiant chaque personnage, chaque posture. Il cherchait des documents pour son inspiration, calquant, photographiant, reproduisant. Lorsqu’il tenait son thème il pouvait ensuite le décliner en changeant le support (papier, carton, bois, cuir) ou la destination (tableau, reliure, affiche, buvard, meuble). Un assez grand nombre de ces esquisses est conservé par l’Association des Amis de Henry Gérard, dont certaines sont présentées dans :
 

                                          [Espace Adhérents].
 

C'est ainsi que le menu de 1899 se retrouva à la base d'une toile quelques années plus tard.
 

 

                                           

                 

Il doit sa période du Symbolisme à son ami Henri Martin, et on ne peut manquer de faire un rapprochement entre Sérénité de ce dernier et la Danse des Vestales de Gérard. C'est dans ce registre qu'il choisit d'exposer au Salon des Artistes Français, en 1904 avec La Veille des Aphrodisies, pour lequel il obtient une mention honorable, et Sur la route d'Eleusis en 1906.
 

 

           

 

Sa peinture va progressivement gagner en douceur, contours et coloris portent la marque de l'influence de son ami Edmond Yarz. Ses paysages, comme Jeune femme au bord de l'eau ou Bord du lac, ne sont pas sans rappeler Corot.

 

         bord eau     

 

C'est alors qu'intervient un premier changement important dans les thèmes qu'il aborde. Il découvre Venise. A-t-il voulu mettre ses pas dans ceux de Ziem lorsqu'il s'installe à Martigues ? A-t-il parcouru et peint la Cité des Doges avec Henri Martin qui s'y rendit souvent ? Sa peinture se place alors dans la lignée des Orientalistes. Ce qui retient surtout l'attention, c'est la diversité et la couleur du ciel au-dessus de la lagune. Aujourd'hui encore les toiles de Gérard sur Venise sont les plus recherchées dans les salles de vente d'Europe et des Etats-Unis.

 

                                            venise

 

Si Henry Gérard est encore Sociétaire des Artistes Français en 1910, son installation à Martigues au début du siècle où il fit construire sa demeure la Villa Khariessa, le rapproche de ses amis méridionaux. Il expose à Toulouse au Salon des Artistes Méridionaux en 1911, 1913 et 1915. Il participe au Cénacle de Valère Bernard et Marcel Arnaud à Marseille. Il côtoie David Dellepiane avec qui il entretient une correspondance constante. A partir de cette date sa peinture ne concernera plus que son jardin, les rives de l'Etang de Berre, les pins et les cyprès. Sa palette devient plus colorée, se rapprochant des Impressionnistes. Certaines études de pins vont même laisser percer l'influence que les Fauvistes auront sur son œuvre. Une quarantaine des toiles de cette période ont fait l'objet d'une donation à la ville de La Côte St André dans l'Isère et sont visibles dans la salle Henry Gérard du château Louis XI.

 

                      khariessa        pins bleus

 

De l'inventaire de ses œuvres connues et des documents retrouvés dans les archives, on peut estimer à moins d'un millier le nombre de ses tableaux. Il utilise essentiellement la peinture à l'huile, sur carton, sur toile et assez souvent sur bois.
 

Mais Henry Gérard n'est pas seulement un peintre, il s'adonne à l'ébénisterie décorant ses meubles de motifs pyrogravés caractéristiques. Il pratique également le repoussage sur cuir, confectionnant des portefeuilles, des sous-mains ou des reliures de livres qu’il marque de son cachet. L'illustration de laTétralogie de Wagner reste la plus connue.

 

               wagner

 

L'œuvre de Gérard, bien que très personnelle et identifiable, est intéressante en ce qu'elle suit les contours de la peinture de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle. A l'abri du besoin, Gérard a pu suivre son instinct artistique sans chercher de son vivant une quelconque reconnaissance ni matérielle ni honorifique. Nous redécouvrons aujourd'hui la qualité et la richesse de son œuvre donnant ainsi à Henry Gérard la place qu'il mérite dans la peinture française du XXe siècle.
 


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